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« Un garde-chasse professionnel doit être polyvalent »

mer, 17/07/2013 - 19:07

Emmanuelle Danton est employée comme garde-chasse particulier sur une propriété de Sologne. Nous avons voulu en savoir plus sur ce métier qui s’ouvre timidement aux femmes. Mais au fait comment a-t-elle attrapé ce virus ?

« J’ai commencé par travailler en élevage petit gibier pendant sept ans à Theillay, petit village de Sologne au printemps et en’été, tandis que durant la saison j’étais employée dans une chasse commerciale. J’ai alors voulu m’investir à 100% dans la gestion d’un territoire », indique Emmanuelle, qui finit par devenir responsable de la gestion et de la surveillance d’un domaine de 300 ha en 2003 sur la commune de Selles Saint-Denis dans le Loir-et-Cher.    

D’abord garde assermenté…

Le territoire est assez facile à surveiller puisqu’il est ouvert. Le relief étant relativement plat, le regard porte loin…surtout lorsque l’on est équipé d’une bonne paire de jumelles. « Le B.A BA du métier », s’exclame Emmanuelle. De plus, elle dispose d’une mule Kawasaki tout terrain, 4 temps, qui lui permet d’aller faire régulièrement sa tournée, et d’un Gator de John Deer, moyen de transport identique mais en 6x4.

Parmi les problèmes courants qu’elle doit résoudre, vous avez bien quelques rares affaires de braconnage sur les grands cervidés tous les deux ou trois ans, mais surtout des indélicatesses de certains qui viennent se fournir directement sur la propriété, sans aucune autorisation, en bois de chauffage. « Je dois donc être très vigilante sur ce sujet. Si je constate une infraction, je me mets en planque, et si je surprends le voleur je dresse un procès-verbal », commente notre garde au féminin. Le problème le plus courant reste le ramassage des champignons : « Lorsqu’il s’agit d’une famille égarée, nous discutons gentiment mais je leur rappelle qu’ils sont sur une propriété privée ». En revanche, la situation est plus compliquée lorsqu’il s’agit des gens du voyage, ou des locaux qui débarquent à plusieurs pour un ramassage industriel : « J’essaie alors de les suivre discrètement pour vider les sacs remplis qu’ils déposent avant de revenir les chercher à la fin de leur parcours. J’écrase les champignons pour que cela repousse mieux l’année prochaine. Lorsque je leur rends leurs sacs vides après trois à quatre heures de promenade et de cueillette, évidemment, ça gueule et on reçoit des menaces ! », précise Emmanuelle. Elle explique qu’elle encaisse les paroles désagréables et garde son calme, mais que si cela dégénère elle prévient la gendarmerie et l’ONCFS.

…spécialisé dans la chasse

Heureusement il y a des activités plus agréables consistant à piéger les nuisibles et à procéder à des tirs d’été, ou à organiser les parties de chasse. Le déroulement d’une journée de chasse se passe toujours de la même manière. Elle débute à 8h30 par le petit déjeuner, le contrôle des permis de chasser, les consignes de sécurité et de prélèvements. « Nous vérifions également que toutes les personnes possèdent un gilet fluo. Je m’occupe aussi de poster les chasseurs aux endroits aménagés et matérialisés. Nous effectuons trois à quatre battues aux cervidés », déclare Emmanuelle. La chasse s’arrête vers 14h. Il s’en suit une présentation du tableau. « Puis, pendant que tout le monde déjeune, moi et mes six rabatteurs nous occupons de vider et découper les bêtes ». Vers 16h, une bourriche avec la venaison est remise aux invités.  

…mais pas seulement !

L’aménagement et l’entretien du territoire sont aussi de la responsabilité de notre dynamique garde. Le programme est plutôt varié : fauchage et broyage dans les allées mais aussi dans les prairies, sans parler du débroussaillage des fossés, gestion des coupes de bois, taille des haies, plantation de cultures à gibier et installation des clôtures… « J’ai à disposition une pelleteuse Wacker Neuson de 4t pour m’aider à faire certains travaux », nous confie Emmanuelle, visiblement très contente de conduire tous ces engins mécaniques. Apparemment c’est encore mieux que les tours de manège de son enfance !  

« Dans mon métier, il faut être disponible le week-end et surtout être polyvalent car le garde-chasse particulier professionnel doit assumer une multitude de tâches. Nous travaillons avec les saisons et selon les directives de notre employeur. Cela ne nous empêche pas de leur suggérer nos idées », intervient Emmanuelle. Elle attire également l’attention des plus jeunes qui débutent dans la profession : « On ne doit pas se croire chez-soi. En effet, il ne faut pas oublier que le lieu  où nous vivons et où nous travaillons appartient à notre employeur ».

Que pense-t-elle de l’image de la profession ?

Emmanuelle Danton trouve que l’image des gardes-chasse particuliers, qu’ils soient professionnels ou bénévoles, s’améliore sur le plan des comportements. Notamment grâce aux efforts faits en matière de sécurité et en matière de gestion des populations de gibier sur les territoires. « Nous nous impliquons davantage pour faire du qualitatif ! », insiste Emmanuelle. Pour elle, la représentation collective du garde-chasse qui fait sa tournée avec son fusil sans oublier sa sacoche pour agrainer, et qui passe son temps à surveiller les braconniers relève de l’image d’Epinal. Aujourd’hui, qu’on se le dise et qu’on le dise : le garde-chasse particulier professionnel est un ouvrier polyvalent. Néanmoins, elle nuance un peu son propos en expliquant « que la chasse occupe encore une partie du travail, le métier restant centré sur cette activité mais celle-ci n’est plus exclusive. Notre job a évolué et nous sommes amenés à exercer différentes fonctions », assure-t-elle avant d’indiquer qu’il y a de l’emploi dans le secteur, mais que la taille des propriétés s’agrandit tandis que le nombre de personnes pour s’en occuper stagne ou diminue. Malgré cela, Emmanuelle Danton y trouve son compte, elle, d’autant plus qu’elle est mariée à…un garde-chasse professionnel qui exerce sur la propriété voisine. « Parfois, lors de notre pause déjeuner ou lors de certains travaux, nous nous retrouvons en bordure des deux propriétés et nous échangeons quelques phrases. En outre nous avons les mêmes horaires, du coup la soupe n’est jamais froide et nous parlons boulot à la maison sans que cela soit pesant pour lui ou pour moi. Nous partageons le même quotidien ». Non, décidément, même si des contraintes existent, il n’y a rien à faire, Emmanuelle préfère la vie de château à la vie de bureau. Mais qui l’en blâmerait ?

François GAIGNAULT – La Loi N°40 – S’abonner à La Loi : http://www.noschasses.fr/content/la-loi

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