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Le nouvel eldorado des chasseurs de brocard

lun, 31/10/2016 - 01:24

Depuis quelques années, de nombreux chasseurs migrent vers le Sud-Ouest pour approcher un ou plusieurs brocards. Grâce à certaines ACCA, ce mode de chasse est encore accessible à tous, mais attentions aux dérives…

Depuis le 1er juin, les passionnés d’approche ont repris le chemin de la chasse. Cette pratique  fait de plus en plus d’adeptes car elle offre la possibilité de commencer la saison avec quelques mois d’avance et de chasser avec une certaine liberté. L’approche du brocard est une institution dans l’Est de la France, mais les chasseurs locaux ont su exporter cette technique bien loin de leurs contrées habituelles. En effet, leur nouvel eldorado se situe à plus de 1000 kilomètres de chez eux, dans le Sud-Ouest. Les Landes, le Gers ou encore la Dordogne sont devenues des haut-lieux de l’approche du brocard et de nombreux chasseurs migrent chaque été au pays des Associations Communales de Chasse Agréés (ACCA), afin d’assouvir leur passion.

Ceux qui ont goûté à l’approche du brocard savent à quel point ce mode de chasse est addictif. Evoluer en toute liberté, aux heures douces de la journée, au sein d’un territoire à la recherche d’un animal est un véritable plaisir. Le chasseur se retrouve seul face à la nature et n’a pas à supporter les désagréments inhérents à une chasse de groupe ou à s’inquiéter en raison de consignes restrictives. De plus, sous l’impulsion de quelques professionnels et fédérations, l’approche est devenue un excellent moyen de conjuguer chasse et vacances. Rendons à César ce qui lui appartient en rappelant que c’est l’association ACTEON qui a développé ce concept. Des professionnels ont suivi et quelques fédérations se sont également lancées dans l’aventure. En Charente-Maritime, « Chasse-Vacances » connait un franc-succès. Si les modes de chasse proposés sont nombreux, c’est bel et bien l’approche du brocard (160€ le bracelet et 130€ le 2ie) qui suscite le plus d’intérêt. Depuis 5 ans, la fédération des Landes a mis en place un système  similaire nommé Addi-chasse (nom en rapport avec l’expression locale adishatz).

Un bracelet pour 90€

« L’objectif est d’accueillir des chasseurs extérieurs au sein des ACCA, explique Thimothée Quenouille, technicien à la FDC 40. Comme partout, le nombre de permis baisse alors que les populations de grand gibier augmentent. Les chasseurs-vacanciers aident donc les ACCA à réaliser leur plan de chasse. Nous prônons une chasse populaire et conviviale basée sur ce système gagnant-gagnant. Le prix d’un bracelet est de 90€ afin que cela reste accessible à tous. Cependant, nous limitons leur nombre à 3 par chasseur car nous voulons accueillir le plus de personnes possible. »

A ce prix là, la fédération des Landes croule sous les demandes. Il y a 5 ans, elle n’avait qu’une trentaine de bracelets à attribuer alors qu’aujourd’hui, elle approche les 500. Ce sont les présidents des ACCA participantes qui maintiennent ce tarif aussi bas mais c’est la fédé qui dégrossit considérablement le travail en trouvant les chasseurs et en s’occupant des diverses modalités. Le but principal n’est pas de gagner de l’argent mais simplement de pallier aux dépenses de la saison tout en rencontrant des chasseurs d’autres régions.

« La carte sur mon ACCA coûte 18€ et j’ai 55 chasseurs, explique Stéphane Labrouche, président de l’ACCA de Vielle-Tursan.Je ne cache donc pas que l’argent récolté avec les tirs d’été me permettent de faire tourner l’association. A mes yeux, Addi-chasse est surtout une histoire d’hommes. De nombreux chasseurs venus s’essayer à l’approche sur mon territoire sont désormais des amis. Ainsi, ils reviennent chaque année et certains m’invitent à chasser chez eux. J’ai par exemple pu découvrir les huttes du marais Vernier et les gabions de Baie de Seine. De mon côté, je les invite gratuitement pour un week-end de battue dans l’hiver. »

Un parfum de liberté

Afin de bénéficier de l’offre Addi-chasse, il suffit de contacter la fédération des Landes. Dans la limite des bracelets disponibles, celle-ci vous trouvera un territoire et vous demandera un paiement via internet. Ensuite, vous recevrez une box métallique chez vous contenant la ou les cartes de chasse, un plan, de la documentation ainsi que les coordonnées du président de l’ACCA concernée afin de mettre en place votre séjour (dates, hébergement).

« J’aide les participants du mieux que je peux, reprend Stéphane Labrouche. J’essaye de trouver un gîte le plus adapté possible et je les accompagne pour qu’ils découvrent le territoire. Ici, tout se déroule en toute simplicité mais je demande tout de même aux chasseurs de respecter les consignes. Quand ils ont plusieurs bracelets, je ne veux pas qu’ils tirent que des grands trophées ou des têtes bizardes mais aussi des petits chevreuils d’un an. C’est ma façon de gérer qui colle à la règle des 3 tiers. J’aime être prévenu quand un animal est tiré même s’il est loupé. Cela permet de savoir ce qu’il se passe et de mettre en place une recherche au sang en cas de besoin. Je ne suis pas guide donc je ne colle pas aux « basques » des chasseurs. Ici, vogue comme un parfum de liberté. Nous mettons également à leur disposition une chambre froide et un endroit pour découper leur gibier.»

Dans les Landes, les passionnés du cru n’ont pas la culture de l’approche. Malgré l’abondance d’animaux, personne ne veut payer 90€ pour tirer un chevreuil donc l’arrivée de chasseurs étrangers n’est généralement pas vue d’un mauvais œil. De plus, les prélèvements réalisés permettent de minimiser les dégâts causés par les chevreuils notamment dans les vignes.

« Addi-chasse permet également de développer le tourisme, souligne Thimothée Quenouille.Cela fait venir du monde dans des zones habituellement peu fréquentées. Des gîtes sont loués, les chasseurs vont au restaurant, au bistrot ou encore sur les marchés. Ce système profite à de nombreux acteurs de la vie économique locale et ce n’est pas négligeable. »

Le « brocard business » !

Nul ne pourra nier qu’Addi-chasse est le bon plan du moment. Les chasseurs ayant testé le concept sont ravis de la qualité des territoires proposés et de l’accueil des landais. Niveau rapport qualité/prix, il est bien difficile de trouver mieux. Pourtant, la chasse d’été du brocard est à la mode et les offres sont nombreuses. Pour le constater, il suffit de se connecter à internet et de consulter les sites de petites annonces. Aujourd’hui, le brocard est l’objet d’un véritable business. Des petits malins ont flairé le bon coup et proposent des bracelets à des prix très élevés auxquels il faut ajouter une bonne centaine d’€uros pour le guidage. Certains ont choisi le statut d’auto-entrepreneur et proposent du guidage sans en avoir forcément les compétences. Le système est assez simple : il suffit de convaincre un président d’ACCA de vendre quelques bracelets et de les revendre 2 ou 3 fois plus cher aux « touristes » tout en leur imposant une ou plusieurs journées de guidage.

« Je ne suis pas intéressé par l’arrivée de mercenaires aux poches remplis de billets, rétorque Stéphane Labrouche.Ces gens-là ne se soucient ni des ACCA, ni des territoires, ni des populations. Sans gestion, le cheptel perd toute sa qualité. Une fois que tous les beaux trophées ont été tués, vous n’avez rien à proposer aux chasseurs. Je pourrais vendre les bracelets bien plus chers car les propositions ne manquent pas, mais je m’y refuse car business et chasse ne font pas bon ménage. Je préfère m’inscrire dans la durée en accueillant des passionnés respectueux et qui ne sont pas des chasseurs de têtes. Celui qui paye 250€ pour un brocard veut prélever un beau trophée. C’est logique, mais ce n’est pas ma politique. Je privilégie la gestion sur le long terme et la dimension humaine à l’argent facile. »

Un jeu dangereux

Attention, nous ne dénonçons pas les pratiques des véritables guides capables de fournir un service de qualité aux chasseurs mais celles des marchands de nuages assoiffés d’argent. Il appartient à chacun de choisir s’il veut être guidé ou non, mais les dérives qui découlent de l’engouement pour la chasse du brocard à l’approche sont dangereuses. En effet, quand les propriétaires de territoires du Sud-Ouest vont se rendre compte que les bracelets font l’objet d’un véritable business, ils vont vouloir - et c’est humain - leur part du gâteau.

« Ceux qui ont plus de 60 hectares peuvent demander le plan de chasse individuel. Ainsi, ils vendront les bracelets à qui bon leur semblera. D’autres, n’ayant pas la superficie requise peuvent placer leur territoire en zone de non-chasse. Ces décisions ne seront bénéfiques ni aux ACCA, ni aux chasseurs, ni aux chevreuils. »

Il est simple de céder aux sirènes de l’argent surtout quand on s’aperçoit que des profiteurs se remplissent les poches sur le dos des autres. Il est malheureux qu’à chaque initiative intéressante, certains s’engouffrent dans la brèche pour gagner égoïstement leur beurre. Si dans les années à venir, les propriétaires du Sud-Ouest décidaient de vendre leurs bracelets au plus offrant, les prix ne cesseront de monter. Cette chasse conviviale et populaire se transformera alors en business et sera réservée aux classes sociales les plus élevées. Certes, la loi de l’offre et de la demande a toujours joué sur les prix, mais il serait dommage que les tarifs des bracelets s’envolent et qu’ils ne soient plus accessibles à tous. Pour le moment, certains présidents d’ACCA résistent encore aux offres alléchantes des professionnels. Ainsi, ils préservent leur petit paradis et restent maîtres de leurs territoires. Nous espérons que cela durera encore longtemps afin que chacun puisse s’offrir un brocard et des vacances dans cette magnifique région qu’est le Sud-Ouest.

David Magnan

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