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L'interview "Chasse" de François Fillon !

dim, 09/04/2017 - 21:44

Le candidat des Républicains a répondu aux questions que se posent les chasseurs. 

François Fillon ; dans un premier temps, merci d’avoir accepté de répondre aux questions que se posent les chasseurs. A ce sujet, vous êtes originaire d’un département rural, vous devez donc bien connaitre la chasse et ses adeptes ?

Parmi les candidats à la Présidentielle, je suis le seul à être originaire d’un département rural, la Sarthe. J’y ai exercé pendant près de quarante ans tous les mandats locaux en contact permanent avec les utilisateurs de la nature dont font partie les chasseurs. Je ne suis pas chasseur moi-même, mais mes voisins chassent, mes amis chassent, un de mes fils a passé son permis de chasse. Souvent je retrouve mes amis après la chasse. Ce sont des moments sympathiques, pétris de convivialité et de tradition. Les chasseurs représentent une force vive de nos territoires à travers vos 70 000 associations locales de toutes natures. Ce chiffre fait honneur à la chasse française ; il mériterait d’être mieux connu afin de faire tomber les préjugés et les critiques dont vous êtes parfois les cibles.

Dans une récente étude nommée BIPE, traitant de l’impact socio-économique de la chasse, on apprend que cette passion pèse 3,6 milliards d’€/an et est source de 25 800 emplois. Que vous inspirent ces chiffres ?

C’est la première fois qu’une telle étude a été réalisée. Elle traduit l’impact économique de la chasse dont nos compatriotes n’avaient pas conscience. Certaines régions où la chasse est une institution ne survivent que grâce à cet apport.  Il faut aller plus loin en exploitant localement la filière gibier. Il est inconcevable que la plupart de la venaison consommée en France provienne d’Europe de l’Est.

Les chasseurs, notamment ceux pratiquant les chasses dites traditionnelles sont sans cesse attaqués par leurs opposants. Ceux-ci s’appuient sur des textes et directives européens, notamment la directive oiseaux. En cas de conquête de l’Elysée, comptez-vous demander à l’Europe plus de flexibilité afin que les chasseurs de France puissent pratiquer leur passion plus sereinement ?

La diversité et la richesse du territoire Français ont donné naissance à de nombreuses chasses traditionnelles dont les usages se transmettent oralement de père en fils depuis des siècles.

Aucun mode de chasse traditionnel ne doit disparaître. Ces chasses, dites traditionnelles, très réglementées, font partie de notre patrimoine culturel et social. L’ortolan comme les grives doivent  pouvoir continuer à être chassé en quantités maîtrisées.. Peu importe le mode de chasse à condition que les prélèvements soient raisonnables, ce qui est le cas pour ces chasses régionales.

En attendant, il faudra, dès 2017, introduire des demandes de dérogation quand cela sera nécessaire, avant de renégocier la directive oiseau dont la sur-interprétation a fait tant de mal à la chasse Française. Il faudra veiller avec attention à ne jamais sur-transposer les textes européens. Depuis la mise en place de ces directives, les connaissances scientifiques ont évolué.

Plus précisément, la chasse des oies grises ferme dans notre pays au 31 janvier et ces mêmes oiseaux sont « gazés » à la même époque non loin de nos frontières en raison des dégâts et des nuisances qu’ils causent. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Depuis des années la chasse de quelques milliers d’oies jusqu’au 20 février n’est pas possible en France. Le Ministre de l’Environnement de l’actuel gouvernement a voulu régler le problème sous forme d’instructions au garde de l’ONCFS traduisant ainsi un manque de volonté politique pour aboutir. Très vite je demanderai des dérogations pour mettre en place des quotas de prélèvements pendant cette période. Il me paraît en effet justifié, et cela sans faire passer nos chasseurs pour des braconniers, d’avoir en France un plan de tir raisonnable, mesuré et vérifiable, de quelques milliers d’oies pendant les deux premières décades de février, adaptable selon les circonstances naturelles.

L’Agence Française pour la Biodiversité vient de voir le jour. Les personnalités qui sont à sa tête sont clairement opposées à la chasse. Les chasseurs étant des « amis » incontestables des espèces et des espaces, trouvez-vous cohérent qu’ils ne soient pas invités au sein de cette agence ?

L’agence pour la biodiversité doit être repensée quant à ses objectifs en utilisant le savoir-faire et la technicité des agents de l’ONCFS. La chasse est un élément essentiel de la biodiversité et de l’équilibre de la nature. Les chasseurs sont les premiers défenseurs de l’environnement. L’agence doit inclure cette notion et sa gouvernance doit être modifiée en conséquence.

Depuis « son retour en fanfare », le loup fait couler beaucoup d’encre et de salive dans notre pays. Au grand dam des protectionnistes, les chasseurs peuvent prélever quelques individus chaque année. Cependant, Canis Lupus est toujours en pleine expansion démographique et géographique. Comptez-vous faire appel aux chasseurs afin de réguler plus efficacement cette espèce qui hante les nuits de nos bergers ?

Même s’il y a beaucoup de fantasmes autour du loup il est indéniable que sa progression spectaculaire cause d’importants dommages aux éleveurs de montagne. Il est donc normal de réguler ces populations et il faut que les chasseurs de terrains, qui connaissent si bien les territoires,  soient associés étroitement à ces opérations.

Si vous êtes élu à la présidence de notre pays, sous la coupe de quel Ministère la chasse sera-t-elle placée ?

Comme il est bien normal, les chasseurs souhaiteraient être aidés et non contrariés par leur ministère de tutelle. J’entends bien cette attente du monde de la chasse et je souhaite y répondre. Il nous appartient , comme fruit d’un travail commun, de mieux positionner la chasse et la pêche dans l’organigramme nécessairement complexe des départements ministériels, probablement en séparant mieux l’aspect gestion de la nature comme ressource naturelle de l’aspect réglementation et police de cette nature. Si l'on  considère que la chasse est un élément essentiel de la biodiversité, il semble  légitime de maintenir sa tutelle au Ministère de l’environnement revisité avec une vision positive des chasseurs.

Le piégeage des animaux dits « nuisibles » est, lui aussi, trop souvent au cœur des débats. Pourtant, il aide à la régulation de nombreuses espèces (ragondins, rats, etc.) porteuses de maladies dangereuses pour l’homme. Comptez-vous mettre fin aux attaques envers ces bienfaiteurs de la nature ?

Le piégeage n’est pas une chasse mais un mode de limitation des espèces dites « nuisibles » ou « envahissantes ». Les piégeurs sont des passionnées qui connaissent parfaitement la nature et les comportements des animaux. Un parallèle peut être fait entre piégeage et chasse traditionnelle. Il n'est bien sûr pas question de l'interdire mais de préserver  voire simplifier cette activité essentielle rendant de grands services sur le plan sanitaire.

Aujourd’hui, les chasseurs sont les seuls utilisateurs de la nature à contribuer financièrement auprès de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Pourtant, les agents de l’ONCFS ne sont pas seulement des policiers de la chasse mais des policiers de l’environnement. Trouvez-vous ce constat juste et équilibré ?

En fait, dès cette année, le Ministre de l’Environnement a unilatéralement limité la contribution de l’Etat à l’ONCFS. C’est un premier pas dangereux. La question de la police de la nature en zone rurale doit être également posée au rang des menaces sur l’avenir de la ruralité. Le regroupement de diverses polices, notamment celles de la chasse et de la pêche, au sein d’une organisation départementale coordonnée par la gendarmerie est une piste d’étude à privilégier dans cette optique. Il conviendrait donc, à mon sens à la fois, de renforcer la police départementale de la nature et simultanément, d’accroître le rôle de police de proximité exercé par les agents de développement des fédérations départementales de chasseurs, en liaison avec les gardes privés et les gardes champêtres. Cela appellerait bien entendu un changement profond dans le financement des différentes polices : à l’Etat celui de la police départementale, aux fédérations celui de la police de proximité, comme cela était d’ailleurs le cas jusqu’en 1977. Vous l’avez compris, mon objectif à terme rapproché est de rendre à la chasse l’argent des chasseurs afin qu’ils en fassent le meilleur usage, que ce soit pour financer des missions de police de la nature, des études scientifiques sur les espèces et les espaces, comme des missions de sensibilisation à la nature, domaine dans lequel excellent nombre de fédérations départementales. Cela appellerait également une reconfiguration nécessaire des missions respectives de l’Office National de la Chasse et de la Faune sauvage et de l’Agence Française de la Biodiversité. A l’une la police, à l’autre l’ingénierie et la recherche scientifique sur la biodiversité, dans le cadre d’une saine coopération et après un rééquilibrage de la gouvernance de l’A.F.B..

Les opposants à la chasse ont trouvé une nouvelle arme grâce aux nouveaux « droits des animaux » reconnaissant leur sensibilité. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Cette notion « des droits des animaux » est une évolution dangereuse initiée par des mouvements de pensée anglo-saxons prônant notamment la « non consommation animale » Autant il faut lutter sans concession contre les mauvais traitements infligés aux animaux d’élevage et de compagnie (et en ce sens l’arsenal juridique prévu par le Code pénal est très complet), autant il n’est pas question de mettre en œuvre une telle démarche envers les animaux sauvages. A terme le pêcheur à la ligne pourrait devenir suspect de mauvais traitements si une telle dérive s’amplifiait. Je serais très vigilant dans ce domaine

En raison des attentats ayant touché notre pays au plus profond de son âme, une nouvelle loi relative aux armes vient de voir le jour. Malheureusement, il semble qu’elle va entrainer de nouvelles contraintes pour les détenteurs légaux que sont les chasseurs ou les tireurs sportifs. Pensez-vous qu’un assouplissement des règles, en faveur de ces 2 catégories d’utilisateurs, soit possible ?

Je veillerai à ce que les détenteurs paisibles d’armes – tireurs sportifs et chasseurs – ne subissent pas de nouvelles entraves dans l’exercice de leur passion. La sur-réglementation de la détention légitime d’armes à feu est également le fruit de débats parfois peu rationnels. Il est normal que l’Etat soit informé des armes à feu détenues sur son territoire, et de leurs possesseurs. La vigilance est évidente. Mais ce n’est pas en durcissant la législation des armes pour les chasseurs, que l’on empêchera les attentats ! Il faut sortir des directives contraignantes de la commission européenne édictées sous la pression des pays d'Europe du nord, Ce n’est pas avec des armes de chasseur que sont commis les attentats, les agressions et les vols à main armée.  Nous avons actuellement une réglementation efficace. Conservons‑la telle qu’elle est.

Alors que quelques soutiens d’Emmanuel Macron, notamment Barbara Pompili, se sont clairement positionnés en défaveur de la chasse, pouvez-vous nous certifier que, sous votre présidence, un anti-chasse ne prendra pas la tête du Ministère qui la régira et selon vous, est-il possible de voir, un jour, un chasseur à la tête de ce même Ministère ?

Les soutiens de Monsieur MACRON constituent une véritable auberge Espagnole ou l’on peut trouver des anti-chasses notoires, comme l’actuelle secrétaire d’Etat à l’Environnement, côtoyant des personnes se disant défenseur de la chasse. C’est incompatible. Comme je vous l'ai déjà dit, il me  semble  légitime de maintenir la tutelle de la chasse au Ministère de l’environnement mais revisité avec une vision positive des chasseurs.

Pour clôturer cette interview, quel(s) message(s) aimeriez-vous faire passer aux chasseurs de France ?

Tout en n'étant pas chasseur, je connais l'importance économique, environnementale, sociale et sociétale des chasseurs et je les défendrai avec passion et conviction. Vous pouvez me faire confiance pour préserver leur passion, leur art de vivre, et permettre de continuer à transmettre à leurs enfants le trésor que représente la découverte et l’immersion dans le milieu naturel en poursuivant des animaux sauvages dont le comportement est toujours imprévisible. L'originalité et la force de mon engagement est de dire ce que je vais faire et de m'y tenir.  Ceux qui me connaissent bien, les électeurs de la Sarthe, et à présent ceux de Paris, savent que je ne fais jamais de promesses que je ne peux tenir. Et celles que je fais, je les tiens. Mon programme de gouvernement contient un chapitre spécifique à la chasse et je m'y tiendrai. Lorsque je suis devenu Président du Conseil Régional des Pays des La Loire, c’est le Président de la Fédération des Chasseurs de la Sarthe qui m’a succédé au département !

Propos recueillis par Benjamin Basset

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