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Tempête grise sur Scotland Yard !

mar, 14/05/2013 - 22:57

L'Ecosse, l'autre pays des oies

                                               L’Ecosse, l’autre pays des oies…

 

18 NOVEMBRE 2012. Au départ de Roissy Charles de Gaulle l’affaire semble mal engagée. Le personnel de l’aéroport n’arrive pas à m’indiquer le bon quai d’embarquement. Ca commence bien…Il n’en faut pas moins pour m’angoisser à l’idée de rater cet avion qui doit m’emmener tout droit en Ecosse, dans l’Aberdeenshire, au pays des oies. Mais grâce au nouveau passeport biométrique qui permet de ne pas faire la queue à chaque contrôle je serai finalement installé à temps dans le petit appareil d’Air France. Entre soulagement et impatience, le vol deux heures se déroulera sans plus de complications.                                                 

Peu optimiste de nature, je débarque à Aberdeen la tète saturée de questions pour ces « tempêtes » d’oies promises par les voyagistes, vidéos à l’appui. Réalité ou fiction à fins commerciales visant à attirer le passionné crédule ? Et puis quand on part chasser une espèce migratrice on ne peut jamais savoir à l’avance comment les choses vont se passer.  David, le partenaire Français de l’organisateur de ce séjour est là qui m’attend. Sur place depuis plusieurs semaines il me rassure en quelques phrases. La météo est correcte, pas assez froide peut-être mais les chasseurs précédents sont tous repartis satisfaits de leur voyage ; ils ont tué du gibier et vu des milliers d’oiseaux. Le paysage qui défile sur la route menant au cottage de Turiff sent la chasse à plein nez. Ce n’est qu’une suite de prairies humides, de fossés en friche et de petits bois. Cela ressemble à la campagne d’avant l’agriculture moderne, du moins telle qu’on peut se la figurer. Il ne se passe pas une minute sans apercevoir une compagnie de faisans ou un vol de pigeons et ce jusqu’à l’arrivée au gîte. Nous sommes bien logés, tout est propre et pensé pour le confort des visiteurs. Grande cuisine, grand salon, chambres doubles équipées d’un coffre pour les armes (obligatoire), salle de bain spacieuse, rien de luxueux, pas de tape à l’œil. Cette maison coquette et pleine de charme sera plus que suffisante pour dormir, manger et passer de bonnes soirées avec les gens du groupe. Mes compagnons pour cette semaine de chasse n’arriveront que ce soir par la route depuis le nord de la France. Trop impatient pour rester enfermé, je décide d’aller marcher alentours. Il y a des oiseaux partout. Soudain, du haut d’un vallon éclairé par un soleil têtu, le chant caractéristique des oies à bec court se fait entendre pour la première fois. Une trentaine de «pink foot» comme on les appelle ici, se balance au gré du vent à la recherche d’un endroit propice pour se nourrir une dernière fois avant la nuit. Cette rencontre imprévue a pour effet de me ramener vers le gite, vérifier encore une fois mon barda et préparer le moment d’en découdre avec ces fantômes volants qui hantent mes nuits et ce pays.

PREMIERES EMOTIONS

En ce premier matin, personne n’a eu besoin de réveil pour être prêt à l’heure. Cela même si les « chtis » arrivés en pleine forme se sont montrés bavards au cours du dîner pantagruélique préparé par Rakel la cuisinière d’origine Espagnole. Tout le monde est prêt depuis longtemps quand David arrive pour nous conduire chez le guide. Ils savent  grâce à  un repérage sérieux et minutieux où nous allons chasser ce matin. Cette rencontre avec Steve est un moment unique. L’homme possède un humour bien à lui, et sa carrure de première ligne pourrait en effrayer plus d’un. Pourtant, dès ses premiers mots, j’arrive à percevoir en lui tout son sens de la chasse et sa connaissance des oiseaux. A ses côtés « Eley » un working cocker suit les événements et les paroles de son maître en attendant le top pour sauter à l’arrière du 4x4. Ce duo m’inspire confiance et me rappelle les bonnes paroles de mon vieux professeur de chasse, là bas tout en bas de la France: « Montres moi ton chien, je te dirai quel chasseur tu es » ; Il ne se trompait jamais… Le pickup s’arrête dans un champ perdu au milieu de nulle part et tout se ressemble dans cette nuit sans lune. Le matériel est déchargé de la remorque en un temps record. Le guide a choisi pour formes des coquilles d’oies usées par toutes ces pluies et ces soleils. Pourtant, je sais qu’il a des « Fuds » en quantité depuis qu’il est en partenariat avec David. Car bien qu’il admette peu à peu la nouveauté on sent bien que ses habitudes le rassurent et que pour ce premier jour, il veut nous en mettre plein les yeux. Tel un colonel, il recadre le groupe quand les appelants sont disposés un peu trop au hasard à son gout. La minutie de chacun de ses gestes atteste de son sérieux ce qui n’empêche en rien des plaisanteries franches pour nous faire remarquer que l’endroit est parsemé de fientes encore fraiches de la veille. Ensuite les postes sont installés sur une petite butte qui délimite deux parcelles. Des branches, de l’herbe, et un filet tendu sur un barbelé constituent notre bunker du jour. Il est encore tôt, chacun y va de son commentaire et tire des plans sur la comète. L’Ecossais raconte son terroir, questionne chacun de nous et semble ne se préoccuper en rien  des premières bandes d’oiseaux qui passent haut dans le petit jour. Soudain, il nous fait signe de nous taire. Lui seul a su distinguer ces appels différents des oies qui cherchent de la compagnie. Chacun se fait le plus petit possible dans son poste. Steve tire d’un appeau bien plus ancien que lui un requiem naît de son savoir faire. Une trentaine d’oies bavardes répondent et apparaissent bas dans le ciel en direction de notre champ tout en perdant encore de la hauteur. L’homme pose son instrument alors que la bande semble encore loin. Lui sait bien qu’elles ont vu les formes, qu’elles sont leurrées et ne feront plus demi-tour sauf si l’un d’entre nous faisait une erreur. En quelques secondes, la volée  grise est déjà là qui se dandine pour venir poser dans nos formes quand le « Go » libérateur déclenche une pétarade empressée et par conséquent peu efficace. Déjà les grands oiseaux farouches se perdent dans le lointain. Quatre « pink foot » seulement viennent de perdre la vie pour une quinzaine de coups tirés. Le calme revenu les hommes sont debout et immobiles, comme abasourdis par la scène qui vient de se jouer devant leurs yeux. Je suis émerveillé par Eley qui revient à fond la caisse en transportant une bête plus grosse que lui. Ce premier matin Ecossais sera une succession d’émotions, plusieurs petites bandes de becs courts se laissant piéger par la musique de l’appeau et la science du guide pour, au final, un prélèvement d’une bonne vingtaine de pièces.

PHEASANTS AND WOODCOCKS

La journée ne se limite pas automatiquement à une matinée aux oies. Il est également possible de s’adonner à la recherche du petit gibier ou encore se poster pour le pigeon, éventuellement aussi une passée au canard. Tout dépend des opportunités du moment. Pour trois d’entre nous ce sera un après midi « chasse devant soi ». Un enchantement tant le gibier est abondant et le territoire difficile ! Force est de constater que faisans et bécasses ont à leur disposition un biotope de tout premier choix et des aménagements cynégétiques cinq étoiles. Nala, la Flat-Coat de David aura l’occasion de nous démontrer toutes ses qualités de chien polyvalent. Même pour quelqu’un comme moi qui n’apprécie que très moyennement de chasser avec les chiens des autres, c’est un régal de voir travailler cette bête. En à peine un petit quart d’heure elle a déjà fait tirer trois splendides coqs et une poule. Des oiseaux cent pour cent sauvages cela va sans dire. J’entends au loin que le reste du groupe mène la vie dure aux palombes. Sous un soleil presque étincelant, la chienne manœuvre devant les fusils. En contrebas, dans un carré de fougères, Nala change brusquement d’attitude. Plus rasante dans sa quête, je pense à un lapin qui ruse devant. David qui  connaît sa belle sur le bout des doigts, me fait signe d’être attentif. En fait c’est une bécasse qui rechigne à se lever. Elle finit par décoller sans s’élever assez pour être tirée au départ mais une haie l’oblige à remonter en chandelle à une trentaine de mètres en plein découvert. Mon coup de sept lui sera fatal. Instants uniques à tous points de vue puisque elle restera ma seule bécasse Ecossaise. Peu de « longs becs » donc cette semaine là, peu de canards, mais j’apprendrai que dans les jours qui ont suivi une chute vertigineuse des températures plus au Nord, provoquait une belle arrivée d’oiseaux.  Autre petit regret, j’aurai tant aimé vivre une jolie passée aux siffleurs dans l’estuaire d’Ellon. Pas question de se plaindre pour autant,  les oies elles, étaient bien au rendez vous !

GREYLAGS !!! GREYLAGS !!!

 

Pour cette deuxième matinée Steve a localisé une belle tombée de gibier sur un territoire plus à l’Est que celui de la veille. Il semble toutefois préoccupé et ne cesse de lever un regard interrogateur vers un ciel étrangement laiteux tout en marmonnant des propos incompréhensibles. Ce n’est qu’une fois dans le 4X4 qu’on s’explique sa mauvaise humeur. La météo s’est plantée, le vent annoncé ne soufflera jamais ! « No wind, no geese ! », voilà qui n’augure rien de bon… Evidemment le vieux briscard a vu juste. C’est une chasse où le hasard n’a jamais eu sa place. Il flotte une bruine obscure qui nous condamne à deviner à l’oreille les lointaines évolutions de rares bandes d’oies qui trainent ça et là sans se soucier un seul instant de ce qui se passe sur le plancher des vaches. Seuls quelques « single bird » à la recherche d’on ne sait quoi sont intrigués par les appels du guide qui s’obstine à souffler continuellement dans ses appeaux. La pluie, des postes sur un parterre de cailloux, le moral du groupe est comme le temps, pas vraiment joyeux. Cette mésaventure, si on veut appeler cela ainsi, est là pour rappeler à tout le monde que, malgré une abondance de gibier, la réussite d’une journée de chasse dépend avant tout des conditions climatiques. On aurait parfois beaucoup trop tendance à l'oublier...                                                                                                                                                                    Le lendemain, autre ambiance… En guise de bonjour, Steve jette des brins d’herbes en l’air tout en rigolant. Il y aura du vent ! Le chien aussi a l’air optimiste, comme son maitre il parait avoir flairé le son coup. C’est parce qu’un travail de repérage ordonné a permis de remarquer des milliers d’oiseaux qui tombent sur des chaumes de blé noyé. De plus, cerise sur le gâteau, le vent souffle comme un perdu. Une fois sur place, je constate qu’aujourd’hui le guide a choisi les « Fuds » pour tendre son piège. On va voir comment le gibier réagit. Par ailleurs le chef d’orchestre n’a plus besoin de nous diriger pour disposer les appelants. Désormais, ce groupe composé essentiellement de chasseurs de gibier d’eau a pigé le système de « blettage » et ne pose plus de questions. Chacun sait ce qu’il a à faire. En trois jours, les gars ont aussi appris à se connaitre et l’entente est cordiale, ce qui n’est pas négligeable non plus. A peine postés, plusieurs oiseaux isolés ou en paires viennent survoler les formes et sont accueillis sans ménagements. Soudain, Steve interrompt sa conversation avec les « pink-foot » et David entame une sérénade à laquelle nous ne sommes pas habitués. Exclamations plaintives entrecoupées de bavardages plus doux, le Lillois fait du charme à des cendrées. Effectivement quatre « greylags » totalement hypnotisées s’appuient maintenant sur le vent pour rejoindre ce faux-frère qui les demande. Elles sont à une quinzaine de mètres quand le feu vert de tirer est donné. Bien placés sur ce coup là, David et moi tuons un oiseau chacun, un troisième tombe au poste de droite alors que le dernier ne doit son salut qu’à une volte face tout en puissance. Il n’est pas encore midi quand Steve décide l’arrêt des festivités. Le tableau composé d’une grosse trentaine d’oies est plus que suffisant pour être imprimé dans la mémoire de chacun. De loin nous profitons du spectacle offert par des dizaines de milliers de becs courts qui s’abattent, comme aimantées, sur une prairie inondée. Scènes extraordinaires de la vie sauvage, ce sont les fameuses « tempêtes » d’oies, elles existent vraiment ! Images inoubliables…

Les trois matinées suivantes seront toutes aussi riches d’émotions différentes avec pour constante une belle densité de becs courts. C’est déjà fini. Trop vite comme toutes les bonnes choses… Dernière soirée entre copains, dernières bières au Pub…

25 NOVEMBRE 2012. Dans cet avion qui me ramène vers un quotidien ordinaire je sais déjà que je reviendrai. Mon âme de chasseur est restée prisonnière des grandes étendues solitaires de l’Aberdeenshire. En fermant les yeux, j’entends encore Steve qui jette dans la brume des coups d’appeau tristes et remplis d’espoir à la fois et je vois apparaître une bande de grands oiseaux qui cacardent dans le ciel gris. Le rêve se prolonge. Les voyages sont faits pour ça aussi non ?

                                                                    André Michelet

Encadré : Pour la chasse aux oies, Steve propose une formule « All Inclusive ». 5 jours de chasse en pension complète pour 1600 euros environ. Seuls les munitions, l’aller/retour  vers Aberdeen (Avion ou Ferry) et les extras ne sont pas inclus dans ce tarif. Pour de plus amples renseignements contactez le contact du guide en France au 06.70.37.91.85

Article paru dans Nos chasses de migrateurs : Abonnement possible dans la rubrique « Revues »

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